Les jeux de rôle : tout une époque !

J’ai découvert les jeux de rôle au début de mon année de seconde par l’intermédiaire de "Méga 2", un système générique multi-univers créé par le défunt et regretté « Jeux & Stratégie ». Je l’ai notamment utilisé pour jouer dans l’univers de Dune. Cette découverte marque également la naissance d’une belle et longue amitié, puisque le maître du jeu (MJ) était Olivier. C’est aussi lui qui m’a fait découvrir puis revendu le jeu "Maléfices". Par la suite, la boutique « La Lune Noire », le magazine Casus Belli et l’éditeur Descartes m'ont accompagné durant mes années de lycée. Par leur intermédiaire, j’ai découvert la diversité des jeux rôles, mais également l’univers des wargames.

Comme je n’avais jamais lu de littérature médiévale fantastique (à l’époque, j’avais abandonné la lecture du Seigneur des Anneaux au bout de 50 pages !), je me suis tourné vers des univers plus familiers. En effet, je n’ai jamais aimé les monstres tentaculaires, les magiciens balançant des boules de feu ou les sorciers vous transformant en canard (anecdote véridique). Voilà pourquoi, j’ai connu, en tant que joueur, de grosses déceptions : "L'Appel de Cthulhu", "JRTM" et "Runequest". L’univers de "Maléfices" m’a fait découvrir, Phèdre de Racine, le Comte de Lautréamont et ses chants de Maldoror, Freud et Gustave Klimt. Surtout, il m’a permis d’amener des filles à faire quelques parties, ce qui, à l’époque, relevait de l’exploit. A l'image d’Adèle Blanc-Sec, certaines se sont prises au jeu avec beaucoup de plaisir. L’originalité et la simplicité du mécanisme en font vraiment un jeu à part. L'association de l’ésotérisme (religion, sorcellerie, vaudou) et du rationalisme de la Belle Epoque permettait de mélanger avec bonheur enquête et action.

Plus tard, le désir de me lancer dans des aventures plus musclées m’a finalement conduit à devenir MJ à "Hawkmoon". L’univers médiéval post apocalyptique m’a séduit car la magie est remplacée par la technologie. Le système de jeu est simple et efficace et l'écran est magnifique. J’ai ainsi trimballé mes joueurs dans toute l’Europe du tragique millénaire, de la Kamarg jusqu’à l’Amarek.

Coté joueur, j’ai exclusivement joué à "Star Wars" (avec Olivier comme MJ, Nicolas, Guillaume, Fabien, Eric et Loïc comme joueurs). Combien de Cantina sur Tatoïne n’avons nous pas ravagé à coups de blaster et de détonateur thermal ? Il faut dire que l’intransigeance (voir la mauvaise foi) du MJ y sont pour beaucoup. Combien de vendredis et de samedis soirs nous sommes nous couchés à 3 heures du matin ? Il me revient nos plaisanteries pas toujours légères, nos plans foireux pour s’en sortir, nos angoisses envers les communicateurs brouillés, les beaux livres de peinture qui servaient de support à nos feuilles de personnage et les disques vinyl Deutsche Grammophon qu’on osait pas toucher.

Le Bac en poche, nos petites histoires personnelles ont commencé à diverger. Nos rendez-vous « rôlistiques » se sont délitées au fur et à mesure que les années de fac ont passé. D’une manière générale, il me semble que le jeu de rôle a perdu de son audience à partir de la seconde moitié des années 1990. C’est notre cas, puisque nous avons arrêté d’en faire. J’ai vendu "Hawkmoon" et "Maléfices" en me disant, à l’époque, qu’il fallait passer à autre chose : grandir en quelque sorte !

Selon moi, deux raisons peuvent expliquer cette désaffection. Premièrement, le développement des consoles de jeux vidéo et le repli sur soi que cela implique. C’est bien dommage, car aujourd’hui encore, lorsqu’on se retrouve entre amis, on se remémore en riant des parties mémorables qui datent pourtant de plus d’une décennie ! C’est là que réside la force de ce que je considère comme LA vraie et seule révolution ludique du siècle précédent : le voyage (dans l’espace et le temps), la convivialité et le partage. Deuxièmement, le jeux de rôle implique un réel investissement, particulièrement pour le MJ. Ce n’est pas le cas des jeux vidéo qui relèvent simplement du « plug and play ». Créer un scénario prend du temps et nécessite souvent un esprit pétri de curiosité et un goût prononcé pour la littérature. Ce n’est pas un hasard si les MJ que j’ai connu avaient tous le profil du « bon élève » au lycée.

Et puis un jour, miracle ! Entre la couche et le biberon de son petit garçon, votre meilleur ami vous glisse innocemment que ça serait vraiment bien de refaire un jeu de rôle. Vous répondez par l’affirmative, mais malheureusement le temps et les moyens vous manquent. Second miracle, la même semaine, votre père retrouve, dans ses vieux cartons, une trousse, que vous croyiez perdue, dans laquelle se trouvent vos vieux dés à 4, 6, 8 et 10 faces. Alors, vous voilà reparti pour un tour de manège supplémentaire. C’est ce qui m’est arrivé il y a maintenant deux ans. J’ai créé une feuille de personnage (que vous pouvez télécharger) en m’appuyant sur le système d’"Hawkmoon" (du moins ce que je m’en rappelais) et en flânant sur le net (un grand merci aux sites de la Scénariothèque, du jeu "Pavillon Noir" et du groupe Yahoo sur la "7ème Mer"). J’ai choisi un thème romanesque que j’apprécie énormément : celui des films de cape et d’épée. Et voilà mes amis incarnant des mousquetaires prompts à secourir la veuve et l’orphelin ou à déjouer des complots contre le Roi et le Cardinal. Jusqu’à présent, les quelques parties ont été mémorables : règlements de compte, rivalités, petites mesquineries en tout genre, rapacité prédatrice, débordements inacceptables, flambées de violence (Ah, l’auberge incendiée !), mais heureusement de nombreux fous-rires et beaucoup de plaisir.

François COMBE