Petit guide des concours ludiques français

Beaucoup de jeunes créateurs s’intéressent aujourd’hui aux concours hexagonaux. Ce rapide panorama pourra sans doute les orienter dans leur quête de reconnaissance.

Incontestablement Boulogne-Billancourt apparaît comme la Roll’s des concours. Tout auteur connu ou inconnu souhaite un jour figurer au palmarès et faire partie de la petite demi-douzaine de jeux primés chaque année. Se retrouver dans les vingt créations retenues pour être soumises au jury constitue déjà pour beaucoup une belle récompense.

Le processus de sélection ne semble laisser que peu de chances aux jeux qui ne tendent pas à un parfait équilibre ludique. Il faut soigner sa règle pour passer la première étape qui élimine une centaine de jeux et n’en épargne que quatre-vingts. Des tests à la ludothèque laissent sur le bord de la route les trois-quarts des prototypes, avant qu’un jury de professionnels ne sélectionne les heureux élus après des parties acharnées.

Cette exigence de qualité n’est pas sans défaut. D’une part, le concours qui ouvre en janvier proclame les résultats en septembre. C’est pour les créateurs une rude école de patience. D’autre part, chaque prototype est testé par un public ciblé de la ludothèque, ce qui amène naturellement des inégalités dans les sélections ; dès lors un brin de réussite n’est pas inutile aux créateurs. Au-delà, les commentaires joints aux prototypes retournés, s’ils sont dans l’ensemble pertinents et offrent aux créateurs la possibilité d’amender leurs bébés, laissent parfois pantois. Certaines critiques paraissent légères, voire forcées. Au demeurant, elles restent l’avis d’un groupe de testeurs et n’engagent que ces derniers ; à chaque créateur d’en tirer ensuite profit ou d’en sourire.

Notons enfin le coût un peu élevé du concours (15 euros à l’envoi des règles, puis 45 euros par prototype). Il ne fait pas bon avoir plusieurs jeux dans les 80 quand on n’est pas primé, car en termes de notoriété seule a du poids cette ultime étape.

Tout sépare Boulogne-Billancourt de Panazol. Boulogne entame son 24ème concours, Panazol fêtera sa 3ème édition en novembre prochain. A Boulogne tout est long, à Panazol à peine deux mois séparent l’envoi des règles de la sélection des cinq finalistes, et le palmarès est dévoilé environ six semaines plus tard faisant en théorie trois heureux. A Boulogne, chacun participe à la dotation des vainqueurs, à Panazol tout est gratuit et les finalistes sont nourris par la municipalité et hébergés chez l’habitant. En un mot, tout est ici bon enfant. Le jury n’en est pas moins exigeant, d’autant plus qu’il teste des jeux de créateurs jamais édités. C’est tout l’intérêt du concours pour les jeunes auteurs qui peuvent faire de leurs lauriers une petite carte de visite.

De plus, de nombreux échanges ont lieu pendant les trois jours du festival entre les différents acteurs du monde ludique, ce qui est fort enrichissant.

Boulogne la Roll’s, Panazol la 2 CV, Besançon à la casse. Ce dernier concours, après deux éditions prometteuses, a disparu du calendrier en 2004, emporté par le Tour de France, et ne sera apparemment pas repris en 2005 pour des raisons que j’ignore. C’est dommage, car si l’on ne dormait pas gratis dans le Doubs, plusieurs dizaines de créateurs ne s’y bousculaient pas moins durant quelques jours pour faire jouer le public et un jury impitoyable qui couronnaient les trois meilleurs jeux après ces tests grandeur nature.

Reste dans ce paysage des concours français ouverts aux jeux non édités, Cannes 2005, compétition unique et expresse du XXème anniversaire du Festival international qui, à l’instar des comètes, reviendra peut-être un jour mais dont on ne connaît pas pour l’instant l’éventuelle périodicité. Mais il est déjà trop tard pour les endormis, les quatre finalistes triés sur le volet attendent avec impatience le verdict du 25 février pour se voir offrir une probable édition à 3000 exemplaires. Cannes série limitée.

Pour conclure, je me permettrai fort modestement, coa, coa, de donner quelques conseils aux apprentis créateurs, ô combien nombreux, qui ne manqueront pas de s’inscrire à Boulogne-Billancourt et à Panazol, voire à un Besançon retrouvé ou à un Cannes pérennisé.

N’hésitez pas à courir plusieurs lièvres à la fois : ne faites l’impasse sur aucun concours, envoyez plusieurs jeux quand le règlement le permet, continuez à créer et à contacter les éditeurs en attendant les résultats. Peaufinez vos règles (présentation, orthographe, simplicité, originalité), faites-les relire à vos amis, prenez soin de les améliorer après chaque nouveau test du prototype. Acceptez les critiques, tenez compte des remarques des joueurs. Laissez de côté les jeux qui ne tournent pas bien dès les premières séances d’essai. Dites-vous que les chances de victoire sont infimes, mais accrochez-vous à ce frêle espoir. Laissez votre amour-propre dans les stands si vous ne voulez pas finir au terminus des prétentieux ! Et n’oubliez jamais que si vos créations divertissent vos amis c’est déjà une belle réussite.

Bon courage et bon vent ludique.

Gilles LEHMANN
(Février 2005)