Quelle place pour les nouveaux créateurs ?

Le monde de l’édition ludique évolue aujourd’hui entre deux tendances qui ne font pas la part belle aux créateurs en quête de reconnaissance. Ces derniers n’ont guère d’autres choix que d’entamer le siège des éditeurs ou de s’engager dans l’autoédition.

La première voie est longue, fastidieuse et très incertaine. En effet, les éditeurs de poids qui publient plusieurs jeux par an ne sont pas nombreux et font le plus souvent confiance à des créateurs qui ont déjà un nom et de bons chiffres de vente. Dans le même temps, les micros éditeurs sortent en priorité leurs propres jeux, ce qui leur procure assez de travail et leur permet de faire l’économie des droits d’auteur. En résumé, un gros éditeur n’a ni le besoin ni l’envie de prendre des risques et un petit éditeur n’a pas le loisir d’en prendre. Recevoir plusieurs propositions de jeu par semaine rend les testeurs difficiles, peu enclins à répondre rapidement aux messages, à lire les règles et à jouer avec les prototypes.

La deuxième voie est très périlleuse. Il faut souvent être assez orgueilleux pour penser que l’on a créé un jeu sensationnel qui se vendra comme des petits pains. Il faut engager de l’argent, donner de son temps, s’inventer un nouveau métier qui vient s’ajouter au premier. Ce chemin est de plus en plus emprunté par les créateurs qui ont essuyé des refus de la part des gros éditeurs. Mais combien réussissent à aller au-delà ne serait-ce que du premier jeu ? Combien font de cette entreprise leur unique source de revenus ? Reste le plaisir d’une aventure humaine…

La porte est donc bien étroite pour les créateurs jamais édités. D’aucuns pourraient penser que cette sélection impitoyable met les joueurs à l’abri des jeux médiocres. Ce n’est hélas pas le cas. Les auteurs connus ne créent pas que des bons jeux et les éditeurs qui parient sur leurs noms finissent bien souvent par rendre l’acheteur méfiant, voire hostile. De la même façon, un jeu en autoédition n’est pas toujours aussi génial que son auteur le pense ou que les amis de ce dernier veulent bien le dire. Et les boîtes restent dans le garage…

Il existe donc un vrai risque de sclérose du monde ludique. Trop de jeux apparaissent qui rejoignent bien vite le fond d’un placard ou une étagère inaccessible. Trop peu de nouveaux créateurs sont récompensés de leur réflexion et de leur travail. La morosité guette, les micro éditeurs mettront la clé sous la porte et les gros éditeurs feront encore plus confiance aux valeurs sûres pour le plus grand malheur des jeunes pousses.

Quelqu’un connaîtrait-il une troisième voie ?

Gilles LEHMANN
(Décembre 2004)